Les Cours pervers pour faire des vers par Guilain


Episode 2 : comment bien écrire avec ses pieds.


Le vers françois ne repose pas sur l'enchaînement de syllabes longues et courtes
 (comme le vers latin par exemple) mais sur une construction suivant
une métrique précise et devant rimer.

On peut faire des vers du nombre de pieds que l'on désire (et souvent plus de deux).

Les plus classiques restent :

L'octosyllabe, sympa, détendu, multi-usage, ergonomique, avec fonction robot mixeur.

Le décasyllabe, un vers chic pour des effets chocs, il vous suivra dans toutes vos folies.

L'heptasyllabe, raffinement et délicatesse, l'heptasyllabe vous propose un service
 discret et agréable pour passer de bonnes soirées de détente.

L'alexandrin, la Rolls Royce du vers, un classique qui ne mourra jamais,
 il est livré avec une série d'options qui feront le charme des petits comme des grands et feront la nique aux pauvres.
(Si tu veux épater tes amis dis leur que tu fais des vers en dodécasyllabe, ça fait très chic)

On compte le nombre de pieds grosso modo en comptant les syllabes.

Souvent pour m'amuser, je fais brûler mes pets (12 pieds)
Ca c'est un beau poulet fermier (8 pieds … et 2 pattes)

Mais il faut dans cette opération savoir élégance conserver.

La règle du –e muet (il fait chier celui là, tu vas voir)

Un –e muet compte comme une syllabe, le relou.
Sauf :
- s'il est en bout de vers
- s'il est devant une voyelle
- s'il est devant un –h

Exemple :

Descendre la poubelle est pour moi un plaisir

(12 pieds. le –e final de "descendre" compte comme un pied, mais pas celui de "poubelle").

Que décampe la femelle hypocampe
(10 pieds, le –e final de "femelle" ne compte pas comme un pied. Ni celui d' "hypocampe")
 

La diérèse (téléphone diérèse, téléphone !!!!) et la dyphtongue.

Quid des mots complexes du genre "promiscuité" : 4 ou 5 pieds ? pro-mis -cui- té ou pro-mis-cu-i-té ?

Ben c'est comme on veut. On dit lorsque l'on doit prononcer séparément le -cu et le –i, qu'il y a diérèse sur le mot. On dit lorsqu'on prononce les deux voyelles en un son, qu'il y a diphtongue (ou synérèse).

Exemple : Hier après je boulot, je me suis cu-i-tée (c'est un alexandrin grâce à la diérèse).

Cela sert à mettre le mot en valeur. Ce n'est pas qu'un artifice. Tout doit avoir une raison dans un poème.
Si le poète a préféré ce vers à celui tout aussi simple :
Hier après le boulot, je me suis grav' cuitée
… c'est pour une raison.

Attention. Tous les amats de voyelles ne se prêtent pas à la diérèse.
Ainsi "coït" prend toujours son pied pour "co" et son pied pour "it"
De même "Poète" se prête peu volontiers à la diphtongue
(bien que certains ne soient pas gênés pour amuser la galerie). 

Voili voilou !
A vos cahiers !
Pour la prochaine fois vous me ferez 5 lignes de "bling" et 5 lignes de "blong"